Avertissement : Mara Klein est un personnage représentatif fictif et l’histoire est fictive. Certains diront pourtant qu’elle ne l’est pas.
Le mardi, à 8 h 13, l’entreprise de Mara annonça une « nouvelle phase de concentration stratégique ».
À 8 h 14, personne ne savait ce que cela voulait dire.
À 8 h 16, quelqu’un avait déjà mis un pouce bleu sous le message du directeur général.
Il fallait bien participer.
La présentation parlait de priorités, de discipline opérationnelle et de construction du futur.
Le jeudi, trois personnes n’avaient plus de compte Slack.
Le futur avançait vite.
Mara travaillait dans les opérations marketing depuis six ans.
Elle savait pourquoi le même chiffre d’affaires avait trois valeurs différentes selon le tableau de bord consulté.
Elle savait quelle automatisation avait tendance à manger discrètement des prospects pendant la nuit.
Elle savait aussi que le fichier nommé FINAL_v2_OK_CELUI_LA.xlsx était, malgré son apparence, un élément critique de l’infrastructure de l’entreprise.
Elle avait toujours pensé que six années d’expérience représentaient quelque chose.
Puis elle commença à consulter les offres d’emploi.
Une société cherchait un Marketing Operations Associate.
Cinq ans d’expérience minimum.
Salesforce.
HubSpot.
SQL.
Python.
Attribution multicanale.
Automatisation.
IA générative.
Gestion de projets.
Gestion de parties prenantes.
Capacité à communiquer avec des dirigeants.
Esprit entrepreneurial.
Et, idéalement, une expérience dans trois secteurs différents.
Associate.
Une autre offre promettait une opportunité « idéale pour un profil en début de carrière ».
Le profil devait cependant avoir « déjà piloté des transformations complexes à l’échelle de l’organisation ».
Mara relut la phrase.
Elle avait visiblement raté la période où les juniors s’étaient mis à restructurer des multinationales avant le déjeuner.
Elle aimait apprendre.
C’était même l’un des rares éléments de son CV qu’elle n’avait jamais exagéré.
Seulement, apprendre avait progressivement cessé d’être une qualité.
C’était devenu une sorte d’abonnement.
Une étude du World Economic Forum publiée en 2025 indiquait que les employeurs interrogés s’attendaient à voir évoluer 39 % des compétences fondamentales des travailleurs d’ici 2030.¹
Mara avait donc accumulé les certifications.
Analytics.
Automatisation.
Gestion de projet.
Fondamentaux de l’intelligence artificielle.
Et un nouveau cours sur un logiciel qu’elle avait découvert trois jours plus tôt parce qu’une entreprise l’avait inscrit dans la colonne « indispensable ».
Chaque nouveau logo inconnu déclenchait désormais chez elle une réaction parfaitement normale.
Une légère panique.
Puis une inscription.
Une étude publiée en 2025 et portant sur environ onze millions d’offres d’emploi au Royaume-Uni avait pourtant observé quelque chose d’intéressant : dans les métiers liés à l’IA, les exigences de diplôme formel avaient tendance à reculer, tandis que certaines compétences concrètes prenaient davantage de valeur.²
C’était plutôt rassurant.
Mara n’avait donc pas besoin d’un nouveau diplôme.
Il suffisait de maîtriser tout le reste.
Elle continua à se former.
Et à postuler.
Postuler, en 2026, était devenu un art administratif particulièrement abouti.
On commençait par télécharger son CV.
Le site le recevait.
Puis il demandait de retaper l’intégralité du CV dans vingt-sept champs.
L’humanité produisait désormais des vidéos photoréalistes à partir d’une phrase.
Extraire correctement le nom d’un employeur depuis un PDF restait apparemment hors de portée.
Mara remplissait donc :
Nom de l’entreprise.
Intitulé du poste.
Date de début.
Date de fin.
Description.
Puis recommençait pour le poste précédent.
À chaque candidature, elle modifiait légèrement son CV.
Elle remontait Analytics.
Descendait Management.
Remplaçait « managed » par « led ».
Puis « led » par « owned », après qu’un expert en carrière lui eut expliqué sur Internet que certains verbes donnaient davantage l’impression de « prendre possession de son impact ».
Mara ne savait pas exactement ce que cela signifiait.
Mais elle possédait désormais beaucoup d’impact.
Elle supprima un vieux stage.
Il révélait son âge d’une manière qui lui sembla soudain presque impolie.
Puis elle ajouta :
Optimisation de workflows assistée par l’IA
Elle contempla la ligne.
La supprima.
La remit.
L’offre mentionnait l’IA quatre fois.
Il aurait été dommage de manquer le train à cause d’un excès de dignité.
Restait la lettre de motivation.
Pourquoi souhaitait-elle rejoindre cette entreprise ?
Mara connaissait l’entreprise depuis douze minutes.
Sa mission consistait à « transformer l’efficacité opérationnelle grâce à une plateforme cloud de nouvelle génération ».
Elle ouvrit un document vierge.
« Madame, Monsieur, je suis particulièrement enthousiaste à l’idée de… »
Elle s’arrêta.
Le mot particulièrement posait déjà problème.
Il impliquait une hiérarchie d’enthousiasmes qu’elle n’était pas certaine de pouvoir défendre devant un tribunal.
Quarante minutes plus tard, elle avait tout de même écrit une page expliquant combien la transformation de l’efficacité opérationnelle lui tenait personnellement à cœur.
Elle envoya la candidature.
Une réponse automatique arriva immédiatement.
L’entreprise la remerciait pour « le temps et l’attention consacrés à sa candidature ».
Puis l’entreprise cessa d’exister.
Du moins pour Mara.
Ce phénomène avait fini par être suffisamment courant pour produire ses propres statistiques.
En Allemagne, une enquête Stepstone publiée en 2025 indiquait que 64 % des chercheurs d’emploi interrogés avaient déjà été ignorés par un employeur après avoir postulé. Pour 44 %, le silence avait commencé immédiatement après l’envoi du dossier.³
Une enquête Indeed publiée en 2026 aboutissait à un constat voisin : 63,5 % des répondants avaient connu au moins une candidature sans aucune réponse au cours des douze mois précédents.⁴
Mara ne connaissait pas encore ces chiffres.
Elle pensait simplement qu’elle faisait quelque chose de travers.
C’était beaucoup plus efficace pour ruiner un dimanche.
Elle recommença donc à améliorer son CV.
Ses noms de fichiers évoluèrent en conséquence.
Mara_Klein_CV.pdf
Puis :
Mara_Klein_CV_2026.pdf
Ensuite :
Mara_Klein_CV_MARKETING_OPS.pdf
Et finalement :
Mara_Klein_CV_MARKETING_OPS_FINAL_VRAIMENT.pdf
Trois semaines plus tard, un recruteur l’appela pour une autre candidature.
« Pouvez-vous me résumer votre parcours ? »
Mara le résuma.
« Vous avez déjà travaillé avec des grands comptes ? »
« Oui. Pendant quatre ans. »
« Ah, très bien. »
Silence.
Quelques clics.
« C’est indiqué sur mon CV », ajouta Mara.
« Oui, oui, je vois. »
Il venait de le voir.
Le poste, expliqua ensuite le recruteur, avait « un peu évolué » depuis sa publication.
Ce n’était plus vraiment du Marketing Operations.
C’était davantage du Sales Enablement.
Le télétravail avait également évolué.
Il signifiait désormais trois jours par semaine au bureau.
Le bureau se trouvait à près de trois cents kilomètres.
La rémunération avait, elle aussi, suivi une évolution.
Vers le bas.
« Est-ce que cela pourrait tout de même vous intéresser ? »
Mara admira la question.
Le poste avait changé de métier, de lieu et de salaire.
L’intérêt de la candidate était manifestement la seule constante stratégique.
Elle répondit qu’elle allait réfléchir.
Le recruteur précisa que l’entreprise souhaitait avancer très rapidement.
Six semaines plus tard, l’annonce était toujours en ligne.
Puis il y eut l’entreprise aux sept entretiens.
Premier appel : recrutement.
Deuxième : responsable du poste.
Troisième : compatibilité culturelle.
Quatrième : étude de cas.
Le vendredi à 16 h 47, Mara reçut un jeu de données et une consigne.
Présentation à rendre lundi matin.
« L’exercice ne devrait pas prendre plus de deux heures. »
Le verbe devrait possédait de grandes ambitions.
Neuf heures plus tard, Mara avait nettoyé les données, construit une analyse, refait l’analyse, préparé douze diapositives, supprimé sept diapositives et retiré une animation qui faisait apparaître le graphique du chiffre d’affaires depuis la gauche avec l’énergie d’un mandat d’arrêt.
Le mercredi, elle présenta son travail à cinq personnes.
L’une n’avait pas ouvert le document.
L’une arriva vingt minutes en retard.
Une autre posa une question dont la réponse se trouvait sur la deuxième diapositive.
Le responsable la félicita.
« Excellent travail. »
Le vendredi, le recrutement fut gelé.
Personne ne prévint Mara.
Deux semaines plus tard, elle relança.
La recruteuse s’excusa.
« Beaucoup de choses bougent chez nous en ce moment. »
Sur ce point, aucun mensonge.
L’Organisation internationale du Travail avait elle-même revu à la baisse ses perspectives de croissance de l’emploi mondial pour 2025, dans un contexte économique et géopolitique plus incertain.⁵
Du côté des recruteurs, la situation n’était pas particulièrement reposante non plus.
Certaines offres recevaient désormais des volumes massifs de candidatures. En 2026, le directeur général d’Indeed, Hisayuki Idekoba, décrivait une sorte de cercle vicieux : entre 2022 et 2025, le nombre de candidats par offre avait approximativement doublé, tandis que les équipes de recrutement s’étaient contractées.⁶
Les candidats automatisaient davantage parce qu’ils recevaient peu de réponses.
Les entreprises automatisaient davantage parce qu’elles recevaient trop de candidatures.
Les candidats, constatant l’automatisation, envoyaient encore plus de candidatures.
Le marché du travail avait enfin réalisé un vieux rêve technologique :
faire communiquer des machines entre elles.
Les humains restaient indispensables pour l’anxiété.
Mara commença à lire sur le sujet un soir où elle venait de recevoir un refus d’une entreprise dont elle ne se souvenait plus.
« Après étude attentive de votre candidature… »
Elle chercha le nom dans sa boîte mail.
Elle avait postulé cinq semaines plus tôt.
Ah.
À l’époque, cela comptait encore.
Une étude de Greenhouse menée auprès de 2 500 travailleurs et chercheurs d’emploi aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne indiquait que 61 % des personnes interrogées avaient déjà été ignorées après un entretien. Les données de la plateforme Greenhouse avaient également identifié, selon les périodes et les critères retenus, une part non négligeable d’annonces correspondant à ce que l’on appelle des ghost jobs.⁷
Le terme plaisait assez à Mara.
Un ghost job.
Un poste fantôme.
On pouvait passer trois heures à adapter son CV à quelque chose d’immatériel.
Une expérience presque spirituelle.
Toutes les données ne racontaient cependant pas exactement la même histoire.
Une analyse d’Ashby portant sur plus de 22 000 postes montrait que 82 % des offres publiées par ses clients en 2024 avaient effectivement abouti à une embauche. L’entreprise mettait également en garde contre une définition trop large : une annonce fermée sans recrutement n’était pas forcément un faux poste.⁸
Les chercheurs pouvaient donc continuer à débattre du nombre exact de fantômes présents dans le bâtiment.
Mara n’avait besoin que d’un seul pour perdre son week-end.
Le phénomène avait même fini par faire l’objet d’un rapport du Congressional Research Service américain en 2025, consacré aux annonces publiées sans poste réellement disponible ou sans intention immédiate de recruter.⁹
Mara ouvrit son propre tableau de suivi.
83 candidatures.
Douze vertes.
Vingt et une rouges.
Cinquante grises.
Le gris signifiait :
Aucun retour.
Ce n’était plus vraiment un outil de suivi.
C’était un petit cimetière avec des filtres.
Et puis Mara remarqua autre chose.
Pour chaque candidature, elle commençait par donner énormément d’informations à une entreprise dont elle ignorait presque tout.
Nom complet.
Adresse e-mail privée.
Numéro de téléphone.
Ville.
Historique professionnel.
Parfois adresse postale.
Parfois prétentions salariales.
Une entreprise lui avait même demandé si elle possédait un permis de conduire.
Pour un poste intégralement à distance.
Pendant des mois, Mara avait considéré tout cela comme parfaitement normal.
Il fallait apparemment livrer une petite portion de sa vie privée pour obtenir le droit de découvrir, quelques semaines plus tard, que personne ne répondrait.
Elle lut ensuite une enquête du Pew Research Center : 73 % des adultes américains interrogés estimaient avoir peu ou pas de contrôle sur la manière dont les entreprises utilisaient leurs données personnelles.¹⁰
Dans le même temps, les pertes déclarées liées aux arnaques à l’emploi et au recrutement aux États-Unis étaient passées, selon la Federal Trade Commission, d’environ 90 millions de dollars en 2020 à environ 501 millions en 2024.¹¹
Mara ne développa pas immédiatement une théorie globale sur l’avenir du travail.
Elle avait déjà assez de choses à faire.
Elle eut simplement une pensée assez basique :
Pourquoi est-ce à moi de tout fournir avant même de savoir s’il y a quelqu’un en face ?
C’est comme cela qu’elle tomba sur Contact Vault.
Au départ, elle supposa qu’il s’agissait encore d’un site où elle devrait créer un profil.
Ajouter une photo.
Sélectionner quinze compétences.
Choisir si elle se considérait plutôt comme « leader collaboratif » ou « innovatrice orientée résultats ».
Puis attendre qu’un algorithme estime son niveau d’enthousiasme.
Ce n’était pas cela.
Contact Vault n’était pas un nouveau tableau d’offres d’emploi.
Ni un réseau social professionnel.
Ni un endroit où un ancien collègue annonçait fièrement son nouveau poste de Senior Global Director of Something pendant que votre candidature demeurait « en cours d’examen » depuis quarante et un jours.
L’idée était beaucoup plus simple.
Créer une étape de contact avant la candidature complète.
Mara pouvait écrire à un employeur en utilisant une adresse distincte, envoyer des informations professionnelles structurées — expérience, formation, compétences utiles — et garder son adresse personnelle en retrait au départ.
L’employeur, lui, recevait un e-mail ordinaire et pouvait répondre normalement.
La conversation restait dans une boîte dédiée côté candidat.
Mara pouvait choisir ensuite quelles informations supplémentaires révéler, si le contact en valait la peine.¹²
Contact Vault ne vérifiait pas magiquement qu’un employeur était sérieux.
Il ne garantissait pas de réponse.
Il ne supprimait ni les gels de recrutement ni les managers indécis ni les budgets disparus à 16 h 32 un vendredi.
Mara appréciait cela.
Elle avait commencé à se méfier des services qui promettaient de « réinventer le recrutement » avant même d’avoir expliqué le problème.
Contact Vault faisait quelque chose de plus modeste.
Il changeait l’ordre des choses.
Avant de passer deux heures à adapter son CV, une heure à remplir un portail et quarante minutes à inventer une passion sincère pour la transformation numérique d’une industrie dont elle ignorait l’existence la veille, elle pouvait poser quelques questions simples.
Le poste est-il toujours ouvert ?
Le télétravail signifie-t-il vraiment télétravail ?
Cherchez-vous réellement quelqu’un ?
La réponse employeur pouvait rester tout aussi simple.
Intéressé.
Nous ne donnerons pas suite.
Merci de postuler via notre portail.
Ou :
**Poste déjà pourvu.**¹³
Mara contempla longtemps cette dernière possibilité.
Poste déjà pourvu.
Une phrase.
Une information exploitable.
Presque exotique.
Le lendemain, elle trouva une annonce intéressante dans les systèmes marketing.
Autrefois, elle aurait commencé son rituel.
Recherche sur l’entreprise.
Recherche sur le directeur.
Lecture du blog.
Modification du CV.
Ajout de mots-clés.
Suppression de mots-clés parce qu’ils étaient trop visibles.
Nouvelle modification du CV.
Lettre personnalisée.
Petite crise d’identité.
Envoi.
Attente.
À la place, elle écrivit un court message via Contact Vault.
Six phrases.
Son expérience.
Les compétences pertinentes.
Deux questions précises.
Elle demanda notamment si le poste était toujours activement recruté et si la mention « remote » signifiait bien ce que le dictionnaire semblait suggérer.
Puis elle alla faire du café.
Quarante-sept minutes plus tard, une réponse arriva.
Poste déjà pourvu.
Mara éclata de rire.
C’était objectivement la meilleure mauvaise nouvelle qu’elle avait reçue depuis des mois.
Pas de « malgré la qualité de votre profil ».
Pas de « après mûre réflexion ».
Pas de six semaines à consulter compulsivement une boîte mail.
Pas d’invitation à suivre la page de l’entreprise pour découvrir de futures opportunités passionnantes.
Le poste était pris.
Fin de l’information.
Temps de récupération émotionnelle :
onze secondes.
Et surtout, Mara n’avait pas passé sa soirée à démontrer combien la mission de l’entreprise résonnait profondément avec ses valeurs.
Chez l’employeur suivant, la réponse fut différente.
Oui, le poste était ouvert.
Oui, son profil semblait pertinent.
Mais toute candidature devait ensuite passer par le portail officiel.
Très bien.
Cette fois, Mara remplit le portail.
Ce n’était toujours pas agréable.
Mais elle savait au moins qu’il y avait probablement un poste derrière.
Le formulaire lui demanda à nouveau de saisir manuellement ce qui figurait déjà dans son CV.
On ne pouvait pas tout avoir.
Une troisième entreprise répondit :
Intéressé.
Le manager posa deux questions précises sur son expérience en automatisation.
Mara répondit.
Il relança.
Au troisième échange, il lui demanda si elle souhaitait poursuivre la conversation avec ses coordonnées habituelles.
Mara regarda le fil.
Une vraie personne.
Des questions cohérentes.
Un poste précis.
Un besoin identifiable.
Elle transmit alors ses coordonnées.
Rien de spectaculaire ne se produisit.
Aucun orchestre.
Pas de pluie de confettis.
L’économie mondiale ne se stabilisa pas.
Les services RH ne publièrent aucune déclaration commune reconnaissant leurs torts.
Mara restait Mara.
Six ans d’expérience.
Plusieurs certifications.
Trop de cours en ligne.
Un CV si souvent optimisé qu’une nouvelle modification risquait désormais d’en réduire la valeur patrimoniale.
Mais quelque chose avait changé.
Elle ne considérait plus automatiquement une annonce comme une facture de quatre heures à régler avant que l’entreprise accepte de confirmer son existence.
Le marché du travail restait chaotique.
Les employeurs se plaignaient de recevoir trop de candidatures.
Les candidats se plaignaient de ne recevoir aucune réponse.
Les logiciels filtraient les CV.
Les candidats apprenaient à écrire pour les logiciels.
Les entreprises ajoutaient des compétences nouvelles.
Les candidats obtenaient des certifications pour les compétences nouvelles.
Puis, parfois, les postes changeaient avant même la fin du processus.
Tout le monde essayait de réduire son risque.
Simplement, pendant longtemps, une grande partie du risque avait été déplacée vers le candidat.
Son temps.
Ses données.
Son énergie.
Son week-end.
Contact Vault ne réglait pas tout cela.
Il lui permettait juste de ne pas tout engager dès le premier clic.
Un premier contact pouvait redevenir ce qu’il était censé être.
Un premier contact.
Pas un mémoire.
Pas une audition.
Pas une déclaration d’amour à un logiciel B2B.
Juste assez d’informations pour répondre à une question très simple :
Il y a vraiment quelqu’un ?
Quelques mois auparavant, Mara pensait qu’une bonne candidature se terminait par un contrat.
Elle avait désormais des ambitions plus réalistes.
Un oui clair était utile.
Un non clair était utile.
« Merci de passer par notre portail » était utile.
Même « le poste est déjà pourvu » était utile.
La seule réponse réellement coûteuse restait l’absence de réponse.
Un vendredi matin, une nouvelle annonce apparut.
Senior Marketing Systems Manager.
Cinq ans d’expérience demandés.
Mara en avait six.
Elle relut l’offre.
Pas de doctorat.
Pas dix ans d’expérience sur une technologie créée quatre ans plus tôt.
Pas de formule expliquant que la personne recherchée devait être simultanément visionnaire, opérationnelle, stratégique, humble, disruptive et disponible immédiatement.
C’était presque inquiétant.
Mara prit l’adresse de contact.
Ouvrit Contact Vault.
Écrivit six phrases.
Puis ferma son ordinateur.
Pour la première fois depuis longtemps, elle n’avait pas postulé comme si l’entreprise lui rendait service en existant.
Elle s’était présentée.
Maintenant, c’était à eux.
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